Écrire des choix multiples qui mesurent vraiment quelque chose
La plupart des questions à choix multiples mesurent l'habileté à éliminer des choix absurdes. Voici comment écrire des leurres qui, eux, vous apprennent où l'élève bloque.
Un bon choix multiple ne se reconnaît pas au fait que les élèves forts y répondent bien. Il se reconnaît au fait que chaque mauvais choix vous apprend quelque chose sur l'élève qui l'a coché.
C'est tout l'écart entre une question qui donne une note et une question qui donne une information.
Le problème des leurres décoratifs
Voici une question qu'on retrouve partout :
Combien font 3/4 + 1/2?
a) 4/6 b) 5/4 c) 12 d) une banane
Le choix d) est une blague, le c) est absurde. Il reste deux options, dont l'une est manifestement fausse pour qui a compris quoi que ce soit. On mesure surtout la capacité à éliminer le grotesque.
Maintenant la même question avec des leurres construits :
Combien font 3/4 + 1/2?
a) 4/6 b) 5/4 c) 4/8 d) 3/8
Chaque mauvaise réponse correspond à une erreur réelle et fréquente :
- a) 4/6 — l'élève a additionné les numérateurs et les dénominateurs séparément. C'est l'erreur la plus répandue au 2e cycle.
- c) 4/8 — il a trouvé le bon dénominateur commun mais n'a pas converti le numérateur.
- d) 3/8 — il a multiplié au lieu d'additionner.
Trois élèves cochent trois réponses différentes; vous savez maintenant trois choses différentes à leur sujet. C'est ça, l'intérêt.
Comment fabriquer de bons leurres
Partez des erreurs que vous avez déjà vues
Vous les connaissez. Elles sont dans les copies de l'an dernier. Un leurre inventé de toutes pièces est presque toujours moins bon qu'une erreur observée dans votre classe.
Faites l'exercice à l'envers
Prenez le problème et résolvez-le mal, exprès, de trois façons différentes. Les trois résultats sont vos leurres. C'est plus rapide que de chercher des nombres plausibles, et c'est infiniment plus utile.
Gardez la même forme
Si la bonne réponse est une fraction, tous les choix sont des fractions. Si elle comporte une unité, toutes en comportent. Un choix qui se distingue par sa forme se repère sans lire l'énoncé.
Même chose pour la longueur : la bonne réponse ne doit pas être systématiquement la plus longue. Les élèves l'apprennent vite, et ils ont raison — c'est un vrai biais des questions écrites à la hâte.
Les pièges à éviter
« Toutes ces réponses » et « aucune de ces réponses ». Elles testent la logique des connecteurs, pas la matière. Un élève qui repère une seule bonne réponse coche « toutes ces réponses » sans avoir vérifié les autres.
La négation dans l'énoncé. « Lequel n'est pas un mammifère? » mesure en partie l'attention à un mot. Si vous devez l'utiliser, mettez la négation en gras — c'est le minimum.
Les énoncés qui donnent la réponse ailleurs. L'accord grammatical entre l'énoncé et un seul des choix, une reprise de vocabulaire, une longueur qui trahit : tout cela permet de répondre sans savoir.
Quatre choix quand trois suffisent. Un quatrième leurre faible affaiblit toute la question. Trois bons choix valent mieux que quatre dont un est du remplissage.
Ce que le choix multiple ne peut pas mesurer
Il faut être honnête sur les limites, sinon on l'utilise partout.
Le choix multiple mesure très bien la reconnaissance, l'application d'une procédure, la discrimination entre des cas voisins. Il ne mesure pas du tout la production : justifier, organiser une réponse, faire une démarche, communiquer un raisonnement.
Or dans le Programme de formation, une bonne partie de ce qu'on évalue relève justement de la production. « Résoudre une situation-problème » comprend la démarche. « Écrire des textes variés » ne s'évalue pas en cochant.
D'où une règle simple : le choix multiple pour vérifier les acquis, le développement pour évaluer la compétence. Les deux ont leur place dans le même examen, et rarement dans les mêmes proportions selon la compétence visée.
Un test rapide avant d'imprimer
Relisez vos questions en vous posant ces trois questions :
- Est-ce qu'un élève qui ne connaît rien à la matière peut éliminer deux choix sur quatre juste par la forme? Si oui, refaites les leurres.
- Est-ce que chaque mauvais choix correspond à une erreur que vous pourriez nommer? Si non, il ne sert à rien.
- Est-ce que vous mesurez ce que la compétence demande, ou seulement ce qui est facile à corriger?
La troisième est la plus inconfortable. C'est aussi la plus importante.
